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Florilegio
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Il Giappone |
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Il maggiore merito che attribuisco a Franz Botré non è quello di pubblicare con MONSIEUR gran parte del mio lavoro. Devo a lui qualcosa di speciale per avermi presentato Olga Berluti. Da quel Giugno del 2000 in cui partecipai alla mia prima serata di cirage è stato un susseguirsi incessante di scoperte, di insegnamenti, di illuminazioni. Con la precisione del suo gusto e l'implacabilità della sua critica, Olga mi ha aiutato a migliorare la mia scrittura e ogni mio lavoro arriva prima sulla sua scrivania che su quella dell'editore. Non so che dire di suo marito, il Professore Chouinard, un uomo dalla raffinatezza e dalla purezza di sentimento immacolati. Una coppia di giganti. Bene, affido al nostro Florilegio un testo che Olga Berluti mi spedì qualche mese fa e che non so su quale rivista sia stato pubblicato. E' in francese, ma sono certo che chiunque possa capirlo quel tanto che basta per ammirare lo spirito di una donna forte e sensibile, mistica e tenace, fiera nel più alto grado, ma così femminile che mai in lei l'attività diventa combattività. Un Maestro.
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Au cur des
vieilles cités italiennes, ou bien dans mon souvenir, il y a toujours
la rue des Bottega oscura, la rue des " Boutiques obscures
".
Un beau matin presque italien, je pénétrais pour la
première fois dans la boutique de Talbinio, mon cousin.
J'adorais les odeurs et les lumières, toutes de cuir et de bois.
J'admirais les souliers, docilement ordonnancés comme des animaux
en sommeil. Talbinio m'expliquait les magnificences de son magasin,
la provenance des marbres et des peaux. Il me racontait l'histoire de
son grand-père Alessandro, le bottier-comédien
et de son père Torello, le bottier-sculpteur. Tout était
subtil dans cette boutique. Tout était beau comme dans un bateau.
Mais je n'écoutais plus. Irrésistiblement attirée,
je descendis l'escalier. Par l'escalier, je passais sans cesse d'une boutique à l'autre, de la lumière à l'ombre. En haut, le théâtre du monde. La ronde des célébrités. La presse annonçait-elle la visite à Paris de Kennedy, le passage d'Onassis ou de Sinatra? En un clin d'il, les grands hommes étaient dans la boutique. Après avoir tracé les chemins du monde, ils venaient choisir leurs nouveaux souliers. En bas, les coulisses. Avec les ouvriers, je dessinais, coupais, assemblais. En bas, la rigueur, la méticulosité, le soin extrême. En haut la flamboyance et le panache. Je me sens tout entière dans ce va-et-vient. Talbinio aimait courir le monde. Sa joie suprême : découvrir des peaux nouvelles, encore plus fines, plus souples, dénicher l'exotisme, rapporter l'unique. Moi, au contraire, je vivais dans la boutique. Pas enfermée, non : le monde entier venait à moi. Avec l'humilité des bottiers de la Renaissance, je me mettais au pied de ces hommes qui venaient. Andy Warhol, Marcel Dassault, Yul Bryner. Me mettre à genou aux pieds des hommes était ma passion, ma raison d'être et de faire. J'écoutais. Chaque pied est unique. Coluche, Charles Vanel, Lino Ventura. Chaque pied, comme une personne, mérite tous les égards, chacun a ses blessures et son histoire, ses faiblesses, son secret. Curzio Malaparte, Gérard Depardieu, Harvey Keitel. Rien de plus indiscret qu'un pied, même revêtu du plus beau cuir. Lorsque mon tout nouveau président et déjà tortionnaire,
Bertrand Stalla-Bourdillon, décida d'ouvrir de nouvelles
boutiques à travers le monde, je pris cela comme une trahison.
Londres, Milan, Tokyo. Comme si le capitaine décidait de trahir
le vaisseau-amiral, le magasin de la rue Marbeuf. Il dut m'extirper
de ma boutique. Je résistai férocement. Il m'intima l'ordre
de parcourir le monde. Pour me venger, je décidai de faire de
ces lieux mes nouvelles bottega oscura. Olga Berluti |
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